SII : ce qui change avec les nouveaux critères Rome V (et pourquoi c'est une très bonne nouvelle)

SII : ce qui change avec les nouveaux critères Rome V (et pourquoi c’est une très bonne nouvelle)

Les nouveaux critères Rome V redéfinissent officiellement le syndrome de l’intestin irritable. Ce que ça change concrètement pour le diagnostic, la prise en charge et la reconnaissance de la maladie.

Quelque chose d’important vient de se passer dans le monde de la recherche sur le syndrome de l’intestin irritable. Lors de la Digestive Disease Week 2025, la Fondation de Rome — la référence internationale sur les troubles digestifs — a présenté les nouveaux critères Rome V. Cette nouvelle définition officielle du SII représente un véritable changement de paradigme. Voilà ce qui change, ce que ça signifie concrètement, et pourquoi c’est une excellente nouvelle pour toutes les personnes qui vivent avec cette maladie.

C’est quoi la Fondation de Rome et les critères Rome ?

La Fondation de Rome est une organisation scientifique internationale qui établit les critères diagnostiques officiels pour les troubles de l’interaction intestin-cerveau (DGBI — Disorders of Gut-Brain Interaction). Ces critères servent de référence mondiale pour les médecins, gastro-entérologues et chercheurs.

Les critères Rome sont mis à jour régulièrement pour intégrer les avancées de la recherche. Après Rome I, Rome II, Rome III et Rome IV — voilà Rome V. Et cette version marque une rupture importante avec les précédentes.

Le changement le plus important : le SII n’est plus un « trouble fonctionnel »

Pendant des décennies, le syndrome de l’intestin irritable était classifié comme un « trouble fonctionnel » — une formulation qui sous-entendait souvent, dans l’esprit de beaucoup de médecins et patients, quelque chose de moins réel, moins grave, voire psychologique.

Les nouveaux critères Rome V changent officiellement ce paradigme. Le SII est désormais reconnu comme une maladie complexe impliquant l’intestin, le cerveau, le microbiote, le système immunitaire et le système nerveux. Une maladie réelle, multifactorielle, avec des mécanismes physiologiques documentés.

Et pouvant impacter bien plus que la digestion : le sommeil, l’énergie, la santé mentale, la qualité de vie et même la fertilité.

Pour les millions de personnes qui se sont entendu dire « c’est dans la tête », « c’est le stress », « les examens ne montrent rien donc ça va » — cette reconnaissance officielle est fondamentale.

Ce qui change concrètement avec Rome V

1. La réintroduction de la notion d’inconfort

Les critères de Rome IV demandaient une douleur abdominale présente au moins une fois par semaine. Rome V introduit une évolution importante : douleur OU inconfort abdominal, au moins 3 fois par mois durant les 3 derniers mois (avec un début des symptômes au moins 6 mois avant le diagnostic).

La notion d’inconfort inclut désormais les ballonnements, la sensation de tension abdominale, une gêne digestive importante et la distension chronique.

Ce changement est significatif : beaucoup de personnes qui souffrent réellement du SII ne se reconnaissaient pas dans les critères de Rome IV parce que leur douleur n’était pas suffisamment fréquente ou intense. Rome V leur ouvre la porte d’un diagnostic et d’une prise en charge adaptés.

Ce critère doit toujours être associé à au moins 2 des éléments suivants : une modification des symptômes liés à la défécation, un changement dans la fréquence des selles, un changement dans la consistance des selles.

2. De nouvelles entités diagnostiques introduites

Rome V introduit plusieurs nouvelles entités qui n’étaient pas reconnues officiellement jusqu’ici.

La migraine abdominale Un trouble de la famille des migraines, se manifestant principalement par des douleurs abdominales intenses, souvent accompagnées de nausées, vomissements, fatigue ou pâleur. Souvent confondue avec d’autres troubles digestifs, elle dispose maintenant de critères diagnostiques officiels.

L’incapacité à émettre des rots Certaines personnes ne parviennent pas à évacuer l’air par des rots, ce qui peut entraîner ballonnements, pression abdominale et douleurs. Ce trouble, auparavant peu reconnu, intègre maintenant la classification officielle.

Le dysfonctionnement sensoriel anorectal Il s’agit d’une perturbation des sensations au niveau du rectum et de l’anus. En cas d’hyposensibilité, le cerveau perçoit mal la présence des selles, favorisant une constipation chronique. À l’inverse, une hypersensibilité rectale peut provoquer une sensation de rectum constamment plein, avec des envies fréquentes et urgentes d’aller à la selle.

3. Une vision officiellement multifactorielle du SII

Rome V reconnaît officiellement que le SII implique simultanément de nombreux facteurs : le microbiote intestinal, le système immunitaire, les nerfs digestifs, le cerveau, la motilité intestinale, l’hypersensibilité viscérale et le système nerveux autonome.

Cette approche multifactorielle a une implication concrète importante : le SII ne se réduit pas à un SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth), à une dysbiose, ou à une mauvaise alimentation seule. Traiter uniquement l’alimentation sans adresser le stress, le sommeil ou le système nerveux, c’est passer à côté d’une grande partie du problème.

4. Le microbiote : acteur important mais pas unique

Le lien entre microbiote et inflammation de bas grade, motilité digestive et système immunitaire reste bien établi. Mais Rome V repositionne le microbiote non plus comme la cause principale du SII, mais comme un acteur parmi d’autres dans les troubles de l’interaction intestin-cerveau.

D’autres facteurs sont intégrés à parts égales : le stress chronique, le système nerveux, l’inflammation, le sommeil, l’alimentation et l’hypersensibilité digestive.

5. Stress et repas tardifs : un mauvais combo officiellement reconnu

Rome V met en évidence trois points importants sur les conditions des repas et le stress : manger tard augmente la vulnérabilité digestive, le stress amplifie les perturbations intestinales et le rythme circadien influence fortement le microbiote.

Ce n’est plus seulement ce qu’on mange qui compte — c’est aussi l’état physique et émotionnel dans lequel on mange, et les conditions du repas.

6. Les thérapies corps-esprit officiellement reconnues comme traitements efficaces

C’est peut-être le point le plus important pour les personnes avec un SII. Rome V accorde une place importante à la psychoentérologie et reconnaît officiellement trois approches comme traitements efficaces en complément du protocole alimentaire low FODMAP :

Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) axées sur l’intestin, l’hypnose digestive (gut-directed hypnotherapy) et le biofeedback.

Ces approches n’appartiennent plus à la médecine alternative. Elles font partie intégrante de la prise en charge recommandée du SII selon les critères internationaux les plus récents.

Ce que ça change pour toi concrètement

Pour le diagnostic

Si tu te reconnais dans des symptômes digestifs chroniques mais que tu n’as jamais reçu de diagnostic officiel de SII — les nouveaux critères Rome V peuvent changer la donne. La notion d’inconfort (ballonnements, tension, gêne) est maintenant officiellement incluse. Il vaut la peine d’en parler à ton médecin ou gastro-entérologue.

Pour la prise en charge

Rome V confirme que la prise en charge du SII doit être globale et multidisciplinaire. Une approche uniquement alimentaire (même parfaitement suivie) ne suffit pas si le stress, le sommeil et le système nerveux ne sont pas également adressés.

Concrètement cela signifie : travailler sur l’alimentation low FODMAP ET sur la gestion du stress, ET sur les horaires de repas et le rythme circadien, ET potentiellement avec un soutien en psychoentérologie (TCC, hypnose digestive).

Pour la légitimité de ta souffrance

Rome V dit officiellement que le SII est une maladie complexe et réelle. Pas un trouble fonctionnel. Pas quelque chose dans la tête. Si un professionnel de santé minimise tes symptômes — ces nouveaux critères sont une référence que tu peux apporter à ta prochaine consultation.


L’approche low FODMAP reste-t-elle pertinente ?

Absolument. Rome V ne remet pas en question l’efficacité du régime low FODMAP — au contraire. Il le positionne comme l’une des composantes d’une prise en charge globale.

La différence avec la vision précédente, c’est que le low FODMAP seul n’est plus présenté comme la solution unique. Il fait partie d’un ensemble qui inclut également la gestion du stress, le travail sur le système nerveux autonome et, si nécessaire, un accompagnement en psychoentérologie.


Les nouvelles entités : migraine abdominale et dysfonctionnement anorectal

Il vaut la peine de s’attarder sur ces deux nouvelles entités diagnostiques introduites par Rome V, car elles concernent probablement beaucoup de personnes qui n’avaient pas de nom pour ce qu’elles vivaient.

La migraine abdominale se manifeste par des épisodes de douleurs abdominales intenses, soudaines, souvent accompagnées de nausées, pâleur ou fatigue. Entre les épisodes, tout peut sembler normal. Elle est souvent confondue avec des coliques, une appendicite atypique ou un SII classique. La reconnaître change radicalement la prise en charge.

Le dysfonctionnement sensoriel anorectal explique des situations vécues par de nombreuses personnes sans qu’elles aient jamais eu d’explication. L’hyposensibilité rectale (ne pas ressentir le besoin d’aller à la selle normalement) favorise la constipation chronique. L’hypersensibilité rectale (sensation permanente de rectum plein, urgences fréquentes) est souvent vécue comme invalidante socialement. Ces deux situations disposent maintenant de critères officiels et de protocoles de prise en charge.

Conclusion

Les critères Rome V représentent une avancée majeure dans la reconnaissance et la compréhension du syndrome de l’intestin irritable. La reconnaissance officielle du SII comme maladie complexe et multifactorielle, l’élargissement des critères diagnostiques, l’introduction de nouvelles entités et la place accordée aux thérapies corps-esprit — tout cela va dans le sens d’une meilleure prise en charge et d’une meilleure qualité de vie pour les personnes concernées.

Si tu vis avec le SII depuis des années — tu mérites d’être prise au sérieux. Et maintenant, la science officielle le dit aussi.

Sources

  • Fondation de Rome — Critères Rome V, présentés lors de la Digestive Disease Week 2025
  • Drossman DA. Functional Gastrointestinal Disorders: History, Pathophysiology, Clinical Features, and Rome IV. Gastroenterology, 2016
  • Lacy BE et al. Bowel Disorders. Gastroenterology, 2016 (Rome IV)
  • Fond G et al. Gut microbiota and psychiatry: from pathogenesis to clinical practice. Journal of Psychiatric Research, 2015
  • Ford AC et al. Efficacy of psychological therapies in irritable bowel syndrome: systematic review and network meta-analysis. Gut, 2019

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